Refaire le réseau électrique d’un voilier en 24 V lithium
Passer d’une installation de fortune accumulée sur quarante ans à un réseau pensé pour un tour du monde. Voici l’architecture qu’on a retenue, le rôle de chaque boîtier, les pièges qu’on a rencontrés et ce que le poste a coûté.
Retour d’expérience sur une installation précise, pas un schéma universel. Les sections de câble, les calibres de fusible et la capacité de batterie dépendent de votre bateau. Le configurateur électrique est fait pour ça, et un électricien de bord reste la bonne dernière étape.
Commencer par tout démonter
La première décision a été la plus radicale : débrancher les batteries et tout sortir. Pas par goût de la destruction, mais parce qu’il était impossible d’accéder aux câbles autrement. Ce qui avait été posé avant est parti aussi.
Sur un bateau ancien, l’électricité est une sédimentation : chaque propriétaire a ajouté sa couche sans retirer la précédente. Tant qu’on ne remet pas l’espace à nu, on ne fait qu’ajouter une strate de plus. Dans nos faux plafonds, six câbles sur huit étaient déjà coupés et ne servaient plus à rien.
Cette étape a aussi permis de dégager un vrai emplacement dédié aux batteries, avec un mur juste à côté pour fixer tous les appareils. Un détail sur le papier ; en mer, c’est la différence entre une panne réparable et une panne subie.
Poser le schéma avant de toucher un câble
Le réseau se découpe en deux circuits qui communiquent.
Le circuit servitude
- Les batteries de servitude, montées en série pour obtenir du 24 V.
- Un fusible, puis un Lynx Power In.
- Le Lynx Distributeur, qui redistribue tout : l’onduleur pour le 230 V, le tableau électrique principal, et les arrivées de charge.
- Les arrivées de charge : le chargeur lithium et deux convertisseurs Orion TR Smart.
- Un SmartShunt posé sur le négatif, qui mesure réellement ce qui entre et ce qui sort.
Le circuit moteur
Les batteries moteur ont leur propre SmartShunt, sont connectées directement à l’alternateur 24 V, et rejoignent le bus négatif commun du bateau. Un bus barre positif commun limite le nombre de connexions et de câbles — moins de points de contact, moins de points de panne.
Le cerveau
Le tout remonte vers le Cerbo GX, le petit ordinateur de bord qui centralise les données du réseau en temps réel.
Pourquoi le 24 V plutôt que le 12 V
À puissance égale, doubler la tension divise l’intensité par deux. Concrètement : des sections de câble plus faibles, moins de pertes en ligne, moins d’échauffement. Sur un bateau de 16 mètres où les longueurs de câble sont importantes, l’écart n’est pas théorique — il se lit sur la facture de cuivre.
Le piège qui coûte un écran pour rien
L’écran GX Touch qui se branche sur le Cerbo affiche l’état de charge, la consommation instantanée et l’ensemble des appareils du réseau. Le branchement ne demande rien : un HDMI, un USB, et il se configure seul. Comptez entre 230 et 290 € selon les revendeurs.
Mais pour que plusieurs parcs de batteries remontent tous les deux dans l’écran, il faut qu’ils soient reliés en VE.Direct. En Bluetooth, ils n’apparaissent pas. C’est le genre de détail qu’on découvre après avoir acheté l’écran, et qui décide du câble à tirer.
Une fois en place, on lit d’un seul coup d’œil les deux parcs : servitude et moteur, avec leur pourcentage respectif. En mer, c’est exactement ce qu’on veut vérifier en trois secondes.
Ce que le poste a coûté
| Appareils Victron | 556 € |
| Batteries de service (×2) | 365 € pièce |
| Chargeur de batteries | 389 € |
| Boutons + Argofet | 242 € |
| Panneau électrique | 240 € |
| Batteries moteur (×2) | 189 € pièce |
| Contrôleur | 168 € |
| SmartShunt | 74 € |
| Câble électrique | 72 € |
| Balancer de batteries | 51 € |
| Câble VE.Direct + connecteur solaire | 35 € |
| Cosses | 17 € |
Soit environ 2 950 € engagés à ce jour, sans compter l’écran GX Touch ni les panneaux solaires et la batterie avant, encore à venir. Le détail vivant est sur la page budget.
Ce qu’on retient
- Le schéma d’abord, les outils ensuite. Deux jours et demi de branchements se préparent en une soirée de papier.
- Un bus négatif commun et un bus positif commun simplifient tout et réduisent le nombre de connexions.
- VE.Direct, pas Bluetooth, dès qu’on veut centraliser plusieurs appareils sur un écran.
- Prévoir l’emplacement avant d’acheter les batteries. Déplacer une machine à laver pour libérer une soute est plus rapide que de recâbler tout un bateau autour d’un mauvais emplacement.
Pour aller plus loin
L’épisode complet en vidéo : une semaine pour refaire tout le réseau électrique. La suite, avec la pose de l’écran : le moteur repart, le teck revit, les plafonds tombent.
Pour dimensionner votre propre installation — capacité, solaire, sections de câble — le configurateur électrique est gratuit pendant la phase de lancement.
