Refaire un voilier : combien de temps, combien d’argent, dans quel ordre
Trois ans entre l’achat et le départ. Un chantier qui coûte 40 % du prix du bateau. Et un ordre de travaux qu’on ne choisit pas vraiment. Voilà ce que notre ketch de 1979 nous a appris sur la conduite d’un projet de cette taille — chiffres réels à l’appui, pas des moyennes de forum.
Le calendrier réel
Achat en novembre 2025, départ visé en octobre 2028 : trente-cinq mois. Voilà où est passée la première moitié.
| Novembre 2025 | Achat. Rangement, tri, inventaire. Étape peu spectaculaire, mais c’est elle qui révèle ce qui marche encore. |
| Janvier 2026 | Parc batteries plomb → lithium, et début du décapage de la coque. |
| Avril 2026 | Coque nue sur toute la longueur. Trois mois de week-ends. |
| Printemps–été 2026 | Passe-coques, vannes, époxy. Le bateau est au sec : tout ce qui est sous la flottaison se fait maintenant. |
| Juillet 2026 | Le port immobilise le bateau pour 14 000 € de dettes du vendeur. Deux semaines perdues. |
| Août 2026 | Réseau électrique terminé. Le bateau s’affaisse sur son ber : réparation imprévue. |
| Septembre 2026 | Moteur relancé après trois ans d’arrêt, teck du cockpit traité, faux plafonds déposés. |
Ce que ce tableau ne montre pas : aucun de ces mois n’a été travaillé à plein temps. L’unité réelle du chantier, c’est le week-end, pas l’heure ni le mois. Une tâche de « deux jours de travail » prend deux week-ends si tout va bien, quatre s’il pleut.
L’argent, poste par poste
| Prix d’achat du bateau | 68 500 € |
| Chantier déjà payé | 6 156 € |
| Chantier identifié, à venir | 20 979 € |
| Coût du projet à ce stade | 95 635 € |
| Charges annuelles (port, assurance, taxe) | 7 460 €/an |
Trois rapports à retenir, parce qu’ils se transposent à peu près sur n’importe quel bateau ancien :
- Le chantier = 40 % du prix d’achat. 27 135 € de travaux identifiés pour un bateau à 68 500 €. Et ce sont les travaux identifiés — la liste s’allonge, elle ne raccourcit jamais.
- Les charges = 11 % du prix d’achat, chaque année. 7 460 € par an qui tombent que le bateau navigue ou non. Sur cinq ans, c’est un deuxième bateau à moitié prix.
- Deux lignes font 94 % du reste à faire. Le gréement à 15 000 € et le revêtement de carène à 4 700 €. Tout le reste — des dizaines de lignes — pèse moins que ces deux-là. C’est la seule chose qui compte quand on arbitre.
Le détail ligne à ligne, avec ce qui est payé et ce qui ne l’est pas, est sur la page Budget.
L’ordre : ce qu’on ne choisit pas
Sur un chantier de cette taille, la moitié des décisions sont imposées par les dépendances. Les identifier au départ fait gagner des mois.
1. Ranger avant de démonter
Un bateau ancien accumule du matériel oublié, des pièces en double, des câbles sans destination. Trier d’abord permet de comprendre le bateau, de repérer ce qui fonctionne encore, et de voir les chantiers avant de les ouvrir. Ça ne fait pas une belle vidéo, mais tout le reste en dépend.
2. Tout ce qui est sous la flottaison, pendant que le bateau est au sec
C’est le chemin critique. Le décapage commande l’époxy, qui commande le revêtement de carène. Les passe-coques se changent au sec, et pas ailleurs. Tant que cette séquence n’est pas bouclée, la mise à l’eau ne peut pas être programmée — et chaque mois au sec coûte.
3. L’électricité avant les aménagements
Les câbles passent derrière les cloisons et au-dessus des plafonds. Refaire un aménagement puis se rendre compte qu’il faut y repasser, c’est le faire deux fois.
4. Le gréement en dernier
C’est le plus gros chèque du projet, et paradoxalement le moins urgent : il ne bloque aucun autre travail. Le repousser, c’est étaler la charge sans ralentir le chantier.
Cinq règles qu’on applique maintenant
- Compter en week-ends, pas en heures. C’est l’unité qui intègre le trajet, la météo, la fatigue et l’oubli d’un outil.
- Faire le pire en premier. La zone la plus dure d’un chantier se fait le matin, pendant qu’on a de l’énergie. La zone confortable sert de réserve pour la fin de journée.
- Un imprévu par trimestre. La dette du vendeur, le bateau affaissé sur son ber, un colis perdu par la poste. Aucun n’était prévisible, mais leur fréquence l’est : la provision pour surprise n’est pas une option.
- Les délais ne sont pas des heures de travail. Un chantier qui attend une pièce n’avance pas, même si personne n’est fatigué. Commander tôt coûte moins cher que travailler vite.
- Publier les chiffres. On tient le budget parce qu’il est en ligne. C’est un outil de gestion de projet déguisé en transparence.
Pour aller plus loin
Avant d’acheter : les huit points à vérifier et le contrôle des dettes du vendeur. Pendant le chantier : le décapage de la carène, les passe-coques, le réseau électrique et le circuit gazole.
Le chantier au jour le jour est dans le journal de bord, et le compte à rebours jusqu’au départ sur la page Départ.
